Débuter notre allaitement

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise manière de nourrir son enfant. Le choix de l’allaitement ou du lait maternisé est propre à chaque famille et il n’est ici pas question de forcer la main à qui que ce soit.

Toutefois, lorsque le choix concerté de la famille est l’allaitement, il arrive que certain·e·s manquent d’informations adéquates pour mettre en place celui-ci et soient découragé·e·s

Allaiter n’est malheureusement pas facile pour tous·tes ni inné.

Se renseigner

J’ai eu la chance d’être entourée de belles-sœurs qui ont expérimenté avant moi l’allaitement, ainsi que son arrêt pour diverses raisons, mais écourté à leur goût. Grâce à elles, j’ai pu, avant la naissance de ma fille réfléchir à ce que ce choix d’allaitement impliquerait tant d’un point de vue physique et mental que sociétal et m’y préparer.

Je savais donc que l’allaitement serait chronophage. Et que lors des premiers mois de vie, j’aurais l’impression de passer tout mon temps avec son enfant, tout particulièrement en fin d’après-midi lors de tétées groupées. Je m’étais aussi préparée aux poussées de croissance qui se traduisent souvent par des tétées quasi en continu laissant la personne allaitante épuisée et avec une impression de ne faire que ça de sa journée (oui). Cela est temporaire mais épuisant. Je savais aussi que lors de ces périodes, il arrive que la personne allaitante pense manquer de lait suite à la demande constante du nourrisson. Si auparavant les choses se passaient bien, il est tout à fait possible qu’il s’agisse d’un pic de croissance. J’avais lu que les tétines et biberons ainsi que les tétérelles pouvaient diminuer la lactation et pensais donc ne pas en utiliser en bonne maman allaitante. Maintenant, je sais, après avoir lu Cribsheet où Emily Oster reprend différentes étude, la tétine et les bouts de seins n’ont pas d’influence sur une éventuelle confusion sein-tétine (nipple confusion) et arrêt de l’allaitement.

Des débuts chaotiques

À la naissance de ma fille, après une fin d’accouchement difficile et un premier peau à peau avec son père, on m’a présenté ma fille pour la mettre au sein. La sage femme a placé ce petit bout de 3kg4 contre mon sein qu’elle a attrapé vigoureusement et tété avec satisfaction, me rassurant énormément sur son état. Un peu sonnée par l’accouchement, j’ai senti un pincement vigoureux mais j’y ai peu fait attention et ai hérité sur cette tétée d’accueil d’une jolie plaie au mamelon, avec une cicatrice encore visible plus de 2 ans après. Une fois remontées en chambre, nous avons pu passer la fin de nuit en peau à peau complet, ce qui a, je pense, aidé ma montée de lait.

Très vite les tétées se sont compliquées. Une fois en chambre, en Suisse, les sages femmes passent peu, ou uniquement si on les appelle. De plus, étant sur un système de santé basique, je partageais ma chambre avec une autre mère, me faisant sentir encore plus mauvaise mère face aux cris de ma fille. En effet, j’avais une difficulté folle à la positionner.

Dès la nuit suivante, la montée de lait a rendu ma poitrine non seulement énorme mais aussi dure et difficile à attraper car les tétons ne sortaient pas. À chaque tétée, je devais appeler une sage-femme, toujours différente, qui me plaquait l’enfant comme elle pouvait, parfois me disputait sur mes tentatives de tenir la tête de ma fille pour l’approcher (ce qui provoquait chez elle un réflexe de recul) mais surtout sans jamais m’expliquer comment faire.

Au bout de quelques appels, une sage-femme a expliqué que ma fille avait trop faim pour faire quoi que ce soit et que je devais la nourrir au biberon, point. Refusant, elle est sortie excédée me laissant seule avec un bébé en pleurs et des seins dégoulinants de lait… Enfin au bout de 36 heures, on m’a fourni des téterelles, ces fameuses téterelles que je m’étais promise de ne pas utiliser…

Une nouvelle sage-femme a enfin pris le temps de me montrer la position de l’enfant, l’ouverture nécessaire de la bouche, comment ne pas abîmer ni mon dos ni mes poignets et permettre à ma fille une tétée confortable. Elle m’a aussi rassuré sur son état, petite fille née après terme, et que je n’étais pas en train de l’affamer mais que vu son poids et ses couches mouillées, elle avait suffisamment de réserves pour que nous puissions elle et moi commencer cet allaitement ensemble.

S’apprivoiser à la maison

Au bout de 3 jours, nous sommes rentrées chez nous et avons pris nos marques. Petit à petit, j’ai arrêté d’utiliser les téterelles la journée, mais les gardait la nuit pour éviter de trop nous réveiller lors de l’allaitement. Je faisais attention à alterner les seins et à allaiter à la demande, sans forcer l’espacement des tétées. J’ai aussi découvert après beaucoup de pleurs, que ma fille allait souvent téter sur un sein, faire un petite pause digestive puis attraper le second pour finir son repas.

Très vite, je me déplaçais donc dans la maison avec un coussin d’allaitement, mon téléphone et une paire d’écouteurs pour les tétées prolongées.

Bien que n’ayant pas eu à proprement dit des coliques, ma fille pleurait beaucoup le soir, et nous avons essayé de multiples choses (ostéopathes, massages, éviction du lait de mon alimentation). Après 5 semaines, épuisés, nous avons aussi essayé de lui proposer une tétine en vain.

Enfin, nous avons été presque chanceux sur les poussées de croissance sauf pour celle des 3 mois. Celles d’auparavant étaient un peu intenses, mais me laissait le temps de respirer. Je me souviens encore du week-end des 3 mois, où mon beau-frère et sa compagne nous ont rendu visite. Notre fille adorant être portée, nous avons pu profiter du temps magnifique d’automne pour nous balader. Cependant le soir, je ne pouvais pas éloigner ma fille du sein. Dès le retour à la maison, je devais m’allonger avec elle, pendant que mon compagnon et nos invités préparaient le dîner. Ils m’appelaient pour manger, et pendant que j’avalais un repas le plus rapidement possible, ma belle-sœur marchait vigoureusement de long en large tentant de bercer ma fille qui hurlait. Dès la fin du repas, je devais retourner m’allonger avec elle pour la soirée. Cela a duré 48h.

Et puis petit à petit l’allaitement s’est mis en place avec de beaux moments et des gros câlins… J’ai aussi apprécié la practicité de celui-ci pour se promener, partir en week-end sans se préoccuper des biberons, la possibilité de calmer ma fille dans des moments difficiles (examens médicaux, grosse frayeur, poussées dentaires…) et ces moments à nous.

Quelques conseils

Se positionner

L’allaitement va prendre donc un temps très grand dans une journée, et outres les modifications hormonales qui peuvent influencer les tendons et provoquer des douleurs au dos, ou des tendinites aux poignets. Plusieurs positions sont possible pour les soulager. J’allaitais beaucoup allongée même en journée afin de ne pas avoir à supporter le poids de ma fille.

S’habiller et allaiter

Il y a de plus en plus de jolies marques de vêtements d’allaitements. Il est tout à fait possible aussi de s’en passer si pas d’envie particulière / pas le budget et de se munir ou de coupler avec quelques vêtements faciles à ouvrir ou déboutonner :

  • Une chemise
  • Des combos débardeurs (pour protéger le ventre) et t-shirts à soulever

Prévoir éventuellement que la poitrine peut fortement augmenter de taille au début de l’allaitement et qu’on peut avoir envie d’être dans des vêtements confortables.

S’entourer & s’écouter

Lorsque tout ne se déroule pas comme espéré, que ce soit des douleurs récurrentes, des crevasses, ou même un doute sur la capacité à nourrir son enfant, il est toujours possible d’aller en parler avec un·e consultant·e en lactation afin d’essayer de tirer au clair ce qui pourrait bloquer. Il existe aussi des groupes de paroles pour discuter.

Enfin, lorsque de plus gros problèmes surgissent, tant en cas de douleur pour la maman qu’une inquiétude au sujet de la digestion du nourrisson, il est possible de se tourner vers des personnels de santé bienveillants.

De plus, je pense qu’il est important de s’écouter. Mes débuts ont été difficiles, mais une fois mis en place, l’allaitement s’est bien passé. Si, les difficultés existent, se rappeler qu’un parent en forme et plus détendu est tout aussi important, pour l’enfant et le parent, que forcer une situation difficile.

Quelques achats utiles pour le début

  • le coussin d’allaitement très utile pendant la grossesse et après pour supporter le dos et aider à se positionner sans porter bébé à bout de bras
  • des brassières en taille grande/élastique pour la montée de lait
  • quelque choses pour protéger les tétons et les panser au début, par exemple des coquillages d’allaitement
  • des coussinets lavables ou jetables si fuites

Il est possible d’acheter de la lanoline pure en case de crevasse en pharmacie, mais celle-ci n’est pas végan car issue de la production de laine.

Quelques ressources

Sites et articles

Podcasts

Hors-série 4 – La Matrescence
Q&A Mai 2020 par Julie consultante IBCLC en lactation

« Julie Longy est consultante en lactation certifiée IBCLC depuis 2010. Elle accompagne les parents à partir du projet d’enfant jusqu’au sevrage.
En France, 70% des enfants seraient allaités à la sortie de la maternité mais ce chiffre chute drastiquement après un mois puisque seulement 1 enfant sur 2 continue d’être nourri au sein à partir de 4 semaines.
Dans cet épisode Julie évoque plusieurs thèmes importants, la reprise du travail, l’allaitement après un cancer, le sevrage et le passage au biberon, les freins de langue ou de bouche, la douleur liée à l’allaitement, est-elle normal? »

Episode 6 – La Matrescence
L’allaitement ou le parcours du combattant pour Alison, fondatrice de Tajine Banane

« Alison a 3 enfants et a eu 3 expériences d’allaitement complètement différentes avec ses enfants.
Elle a eu son premier enfant à 18 ans. Sans savoir comment gérer cette transition entre l’adolescence et son rôle de maman, Alison aborde avec beaucoup de douceur les passages difficiles de sa vie.
Aujourd’hui après une expérience compliquée pour son 3e accouchement, Alison raconte pourquoi et comment elle a créé cette marque de vêtements pour maman allaitante il y a à peine 1 an.
L’entrepreneuriat après un 3e enfant, ça peut paraitre fou, mais c’était une évidence pour elle.
Alison a l’intelligence de déculpabiliser toutes les mamans dans cet épisode, allaitante ou non. »

Instagram

Article relu par @camilledrnd et @bebatut. Photo personnelle.

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