Allaitement : comment vasospasme, REF, etc peuvent tout compliquer

Même avant d’être enceinte, j’avais déjà envie d’allaiter mon futur enfant. Je savais que c’était « le mieux » pour lui·elle. Mais surtout je trouvais ça beau et magique ! Belle une femme allaitante. Beau le lien entre un bébé et sa mère via l’allaitement. Magique d’être capable de faire grandir un petit être en le nourrissant de son sein. C’était donc pour moi une vraie volonté.

Sur les réseaux sociaux, chez les autres, l’allaitement a l’air tellement facile ! Mais c’est loin d’être le cas, surtout les premières semaines. Tout comme @ponoodle dans un précédent article, je souhaite partager les débuts difficiles de l’allaitement de ma fille.

Contexte de notre allaitement

Comme je l’ai raconté précédemment, ma grossesse et mon accouchement se sont déroulés en Allemagne. Ici, la plupart des femmes allaitent leur bébé, avec des allaitements longs. C’est possible aussi parce que de nombreuses femmes prennent des congés maternité / parentaux longs (peu de moyens de gardes pour des bébés en dessous de 1 an). Les questions du sevrage à 2,5 mois ou de tirer son lait au travail ne se posent pas vraiment ici. 

De plus, c’est assez mal vu de ne pas allaiter. Les sages-femmes poussent les futures mères à allaiter. Pour ma sage-femme, c’était donc une évidence que j’allaite, au sein. Et quand mon conjoint a demandé quand je pourrais tirer mon lait, elle nous a regardés interloquée : « Mais pourquoi elle ferait ça ? Une mère doit rester avec son bébé ». 

Préparation à l’allaitement

Une partie importante des cours de préparation à la naissance est dédiée à l’allaitement. Je n’ai malheureusement pas pu assister à cette partie et je le regrette.

En effet, autant j’étais préparée à l’accouchement ou au post-partum, autant je pense que je n’étais pas assez préparée aux difficultés de l’allaitement. Je me disais que tellement de femmes y arrivaient, ça ne devait pas être si compliqué. L’erreur !

J’avais malgré tout quelques notions de potentielles difficultés. J’avais entendu parler des crevasses et je savais que la prise au sein pouvait jouer un rôle. Ma sage femme m’avait envoyé une vidéo pour la prise au sein. Mais c’est presque tout.

Je savais que la maternité où je souhaitais accoucher était connue pour promouvoir l’allaitement. Je me reposais donc sur les professionnel·les de santé sur place, incluant des conseillers·ères en lactation. Je n’avais pas du tout anticipé que les grosses difficultés commenceraient une fois de retour à la maison. 

Le début de l’allaitement à la maternité

Tout commence après un bel accouchement. Juste après qu’elle soit sortie, la sage femme me pose ma fille sur moi en peau à peau. Pendant qu’on me fait quelques points, ma fille rampe doucement en direction de mes seins. Elle les atteint mais peine à prendre le sein : les tétons ne sortent pas, en tout cas pas comme sur la vidéo de ma sage-femme.

2h après la naissance, elle n’a toujours pas pris le sein. Je commence à m’inquiéter un peu. On nous monte dans une chambre. Et là, une sage-femme aide ma fille à prendre le sein. Soulagement. 

Mais la tétée suivante, elle n’y arrive de nouveau pas. On appelle quelqu’un qui nous aide. Ce sera le cas pour toutes les tétées suivantes. Je commence à avoir un peu peur. On ne comprend pas ce qui ne fonctionne pas.

La nuit suivante, une sage femme me donne des téterelles. Ça aide énormément : les tétons deviennent accessibles. J’arrive à lui donner le sein sans devoir appeler une infirmière ou sage-femme à chaque fois. Comme la maternité nous fournit les téterelles, j’en demande régulièrement et je peux les emmener chez nous. Mais personne ne nous dit que ça doit être très temporaire comme solution. 

Le lait arrive aussi, sans trop de douleur, et pas de crevasses. Après 3 nuits à la maternité, on rentre à la maison. 

Retour à la maison

Première nuit à la maison : grosse montée de lait. Je n’étais pas préparée : j’avais mis seulement une chemise de nuit. En milieu de nuit, ma chemise de nuit est trempée : je suis couverte de lait. Je retiens la leçon : toujours porter une brassière avec des coussinets d’allaitement, surtout la nuit.

Les douleurs commencent. Des douleurs non pas à la mise au sein, mais quelques minutes plus tard. Des douleurs non pas à un endroit précis, mais très diffuses. Comme des décharges. Des douleurs que j’ai énormément de mal à supporter. Des douleurs qui m’énervent énormément. Des douleurs qui me font pleurer à chaque tétée quelque soit le sein.

Je suis désemparée face à cela. Autant pendant la journée, j’arrive à supporter. Autant les longues tétées (nocturnes ou de début de soirée) deviennent vite insupportables. J’en viens à repousser ma fille.

Or, je sais que ce n’est pas normal d’avoir mal. Mon conjoint s’inquiète aussi de me voir en pleurs. Ensemble, on commence à vérifier si la position de prise du sein est bonne. On, enfin surtout lui, regarde pleins de vidéos, où ça a l’air tellement facile. 

Les téterelles pourraient expliquer les douleurs. Mais notre fille a toujours beaucoup de mal à prendre le sein sans : c’est plus facile. On se rend compte qu’on aurait pas dû les garder si longtemps. On va enlever petit à petit les téterelles et apprendre ensemble comment faire la prise au sein. Ça marche : au bout de quelques jours, plus besoin de téterelles. 

Les joies d’un réflex d’éjection fort

Mais elle s’agite et parfois lâche le sein en hurlant de frustration, lorsque le lait arrive. Elle régurgite et pleure beaucoup en soirée. La sage femme, qui vient encore tous les 2 jours, pense à un réflex d’éjection fort lié à une hyperlactation : trop de lait, trop vite et trop fort. En effet, mes coussinets d’allaitement sont rapidement trempés et des jets de lait sortent de mes seins même au bout de 3 semaines. Ces jets sont difficiles à gérer pour bébé : c’est comme si on la gavait. De plus, elle est rapidement repue et reçoit du lait même si elle voulait faire juste une tétée plaisir et n’a pas faim.

La sage-femme suggère alors :

  • de tester différentes positions pour téter, en particulier les positions allongées ou de biological nurturing, où la tête et la gorge de bébé sont plus haut que le mamelon, obligeant le lait à monter contre la pesanteur, réduisant la force du jet
  • d’allaiter souvent pour éviter l’accumulation de lait
  • de proposer un seul sein par tétée car bébé prend bien du poids et la lactation est en place
  • de ne pas boire les tisanes spéciales allaitement mais plutôt des tisanes de menthe poivrée

Ça semble fonctionner : bébé qui prend mieux, qui est moins frustrée et qui régurgite moins.

Quand la douleur reste

Mais rapidement, les douleurs sont toujours là après quelques minutes au sein. Elles s’accompagnent d’une sensation bizarre : une sorte de mini décharge dans la jambe du même côté que le sein. Quand je raconte cela à ma sage femme, j’ai l’impression d’être une extra terrestre.

Plusieurs nuits, j’ai envie de tout arrêter. Un soir, je n’ai vraiment plus la force de continuer. Je décide alors d’appeler la hotline allaitement de la maternité. Une sage femme me répond calmement, me demande si j’ai de quoi tirer un peu de lait si ça ne va vraiment pas cette nuit et m’informe qu’un café allaitement est organisé le lendemain. Ça m’a soulagé d’avoir parlé avec elle. J’ai une solution si ça ne va pas : ma sage femme m’avait prêté un recueil lait et une seringue et j’ai aussi des biberons. La nuit passe. 

Le lendemain, on se rend à la maternité pour le café allaitement. Il est animé par une sage femme, conseillère en lactation. D’autres femmes, avec des bébés plus âgés, parlent de leurs différents problèmes (bébé tout le temps au sein, diversification alimentaire, sommeil, etc). Lorsque c’est notre tour, nous expliquons nos problème et la sage femme observe ma fille téter : la position est bonne. Elle nous conseille d’attendre un peu. Notre fille a à peine 15 jours : ça devrait aller mieux d’ici quelques jours, surtout si les téterelles ont été enlevées il y a peu. Si ce n’est pas le cas, une conseillère en lactation peut nous recevoir.

2 jours plus tard, c’est encore pire. Je craque. Je repousse ma fille, ce qui effraie mon conjoint. Il sait aussi à quel point je tiens à allaiter et combien je m’en voudrais si j’arrête tôt. Il fait tout pour que ça fonctionne. Il continue de chercher sur Internet les causes possibles. ll écume le site de la Leche league. Un muguet qui toucherait mes seins? Elle n’a pas la bouche blanche. Il trouve une piste, la sage-femme émet la même idée à la visite le lendemain.

Vasospasme

Un vasospasme : une variante de la maladie de Raynaud, qui entraîne une perte d’afflux sanguin au niveau des tétons. Au fur et à mesure de la tétée (ou aussi à cause du froid), les tétons deviennent blancs. Lorsque le sang revient (ou avec du chaud), les tétons deviennent rouges, voire violets. Ce sont ces changements de couleurs, dues à un changement d’afflux sanguin, qui sont douloureux. 

Une conseillère en lactation confirme ce diagnostic et propose un traitement :

  • Du chaud, du chaud, du chaud, sur les seins et le corps, avant et après toute tétée. 
  • Des gélules de calcium le matin et magnésium le soir
  • Des gélules d’huile de bourrache (pourquoi ?)

Je suis soulagée d’avoir un diagnostic et des pistes. Je reprends espoir que cet allaitement va fonctionner.

Commence alors une routine (imaginer les cris de bébé affamé en fond sonore). Avant chaque tétée (même la nuit), je dois aller dans la cuisine faire chauffer des petites bouillottes. D’abord à l’eau chaude, mais c’est long (faire chauffer la bouilloire, attendre 2 min par bouillotte). On achète alors un micro-onde (20s par bouillotte). Je pose ces bouillottes sur mes seins. Après quelques minutes, bébé peut enfin téter. Une fois la tétée finie, je remets les bouillottes sur les seins.

Ces traitements aident à diminuer les douleurs, mais elles restent. Après 2 semaines, la conseillère en lactation me conseille de prendre un vasodilatateur, la Nifédipine, tous les jours pendant 15 jours, attendre 15 jours et faire une 2nde cure si besoin.

Dès le 2e jour, je sens que les douleurs diminuent et mes tétons changent moins de couleurs. Je me sens beaucoup mieux, malgré quelques effets secondaires (maux de tête, bouffée de chaleur). À la fin de la 1ère cure, les douleurs reviennent. J’hésite à faire une seconde cure, mais finalement les douleurs s’estompent avec le temps, des tétées plus courtes, etc.

Actuellement 

Cela fait maintenant 10 mois que j’allaite. Ma fille tète maintenant comme une pro et elle est devenue experte pour atteindre le téton les yeux fermés. 

Avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver, j’ai de nouveau parfois les tétons qui changent de couleur. Il m’arrive aussi d’avoir mal, mais c’est tout à fait supportable. J’ai toujours beaucoup de lait, avec toujours parfois des jets pendant quelques minutes après la tétée. J’ai aussi eu le droit à des engorgements et une mastite il y a 2 semaines. L’avantage d’avoir beaucoup de lait : tirer mon lait est facile. Même avec un tire-lait manuel, j’exprime en moins de 5 min plus de 100 mL. 

Les moments très difficiles du début sont passés. J’apprécie énormément ces moments câlins avec ma fille.

Quelques conseils

  • Se renseigner, lire (l’indispensable « Guide illustré de l’allaitement« ), regarder des vidéos d’allaitement
  • Prendre contact avec un·e conseiller·ère en fin de grossesse, pour se renseigner et savoir qui contacter en cas de douleurs
  • Avoir un numéro de hotline allaitement et le garder près de soi la nuit
  • Ne pas attendre en cas de douleurs

Quelques remèdes de ma sage-femme

Douleurs dans le sein (montée de lait, etc)

  • Acheter du quark ou fromage blanc épais
  • Étaler un cercle de quark sur un tissu fin (étamine, coton)
  • Plier le tissu au dessus du quark
  • Glisser dans un soutien-gorge ou une brassière, avec le côté du quark contre le sein douloureux

Engorgement (remède recommandé aussi par la Leche league)

  • Trouver un chou frisé
  • Aplatir une feuille au rouleau à pâtisserie
  • Glisser dans un soutien-gorge ou une brassière contre le sein engorgé
  • Remplacer à chaque tétée

Limiter les frottements des vêtements sur les tétons

  • Trouver des coussinets d’allaitements jetables et une bande
  • Plier 3 coussinets en deux
  • Couper au centre des coussinets pour faire un trou
  • Empiler les coussinets
  • Enrouler la bande en passant au centre et ensuite sur les côtés pour garder les coussinets entre eux
  • Glisser dans un soutien-gorge ou une brassière en faisant en sorte que les tétons soient au niveau des trous

Relu par @mamaorhum et @ponoodle. Photo par Mateusz Dach disponible sur Pexels

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