Mon endométriose, mon désir d’enfant et moi

J’ai 29 ans, 30 ans dans quelques mois. Jusqu’à il y a environ deux ans, je n’étais pas certaine de désirer un enfant. Je ne dirais pas que je n’en avais pas envie du tout, je n’ai jamais été aussi catégorique, mais l’envie d’être mère était tout simplement absente (rien à voir avec le fait d’avoir trouvé, ou non, « la bonne personne »). Je n’étais absolument pas disposée à bouleverser ma vie, à vivre pour quelqu’un d’autre. Certain.e.s diront que c’est de l’égoïsme, mais le non désir d’enfant n’est pas de l’égoïsme.

Il n’y a rien de mal à vouloir vivre pour soi. J’éprouvais le besoin de me découvrir, seule, d’évoluer, de faire ma place dans le monde que ce soit personnellement ou professionnellement. Je pense aussi qu’il m’a fallu du temps pour me construire, pour apprendre à gérer et à vivre avec mes traumas mais également pour apprivoiser une maladie, ma maladie ; l’endométriose.

Des ovaires en hibernation

Cette maladie me contraint à un suivi médical coûteux et à une prise quotidienne de médicaments, accompagnés d’effets indésirables. Certains jours, pour ne pas dire presque tous les jours, les douleurs sont tellement fortes que je me sens diminuée, comme une demi personne. Je suis alors obligée de prendre des anti-douleurs pour tenter de vivre normalement. L’endométriose et les traitements m’épuisent, jouent avec mes nerfs, mon humeur, ma mémoire, mes capacités intellectuelles.

En raison de cette maladie je prends une pilule en continu et mes règles ont disparu il y a de nombreuses années. Je ne me rappelle même pas la dernière fois que j’ai acheté des protections hygiéniques. J’ai parfois l’impression que mes ovaires et mon utérus sont en hibernation. 

La maladie peut compliquer la grossesse ou la conception. Si endométriose ne rime pas forcément avec infertilité, 30 à 40 % des femmes atteintes d’endométriose sont cependant concernées par l’infertilité, selon les chiffres d’Endofrance.

Malgré cela, doucement, le désir d’enfant s’est installé, naturellement, sans non plus devenir une certitude. J’ai par la suite rencontré la bonne personne, celui avec qui j’avais envie de concrétiser ce désir, avec qui j’ai envie de construire.  Cette envie s’est donc enracinée dans mon esprit; en parallèle, la maladie, elle, prenait de plus en plus de place.

A l’approche de « la date d’expiration » …

J’ai eu la chance de ne jamais trop ressentir de pression pour être enceinte. Les injonctions à la maternité sont passées loin de moi, ou je n’y faisais tout simplement pas attention. L’année dernière, pour la première fois, mon gynécologue m’a demandé si je désirais un enfant. Quand je lui ai dit que ce n’était pas un projet immédiat, mais un projet quand même, il m’a répondu qu’il serait sage de ne pas trop attendre. Ensuite, ma fertilité pourrait baisser; en raison de la maladie il fallait que je sois encore plus prudente.

Il n’a pas été pressant, pourtant je me suis sentie comme une machine approchant de sa date d’expiration. Pour la première fois, cette date d’expiration me terrifiait. A ce moment-là j’ai acquis la certitude de vouloir être mère. J’en étais désormais certaine : je voulais un enfant et, apparemment, je ne devais pas trop tarder !

Avec cette certitude, une urgence s’est installée en moi. L’impatience a toujours fait partie de ma vie, et cette urgence n’en est pas, elle est bien plus que cela. Depuis, elle ne me quitte plus, je cohabite avec elle, généralement pacifiquement. Cependant, par moment, cette urgence de devenir mère prend le dessus, elle m’étourdit, m’envahit, m’assourdit. J’éprouve alors des difficultés à la mettre en sourdine. Je ne saurais dire si elle est née de cette injonction temporelle ou si elle a juste été réveillée, amplifiée à cette occasion.

Comme une « machine abimée »

Cette urgence a débarqué accompagnée de son lot de questions et d’incertitudes. Certaines sont probablement communes à de nombreux futurs parents.

D’autres sont liées à l’endométriose:

  • Serais-je capable de supporter d’avoir mes règles à nouveau, d’endurer la douleur qu’elles me font subir ? Et si oui combien de temps ?
  • Comment mon corps va-t-il réagir à l’absence des hormones de la pilule que je prends en continu depuis près de 10 ans ?
  • Puis-je vivre sans mon traitement de fond ?
  • Puis-je supporter les douleurs de la grossesse ajoutée à mes douleurs « habituelles », sans médicaments, sans filet de sécurité ?
  • Suis-je capable de m’occuper d’un enfant alors que la douleur m’accompagne quotidiennement, que rester plus de 10 minutes debout sans marcher est un enfer ?
  • Certains jours, surement en raison des médicaments, je deviens une boule de nerfs prêt à exploser. La fatigue de la parentalité et celle liée à l’endométriose seront-elles capables de cohabiter sans me faire exploser ?

L’endométriose me fait me sentir comme une machine abimée, un organisme qui déraille. Je crois qu’une partie de moi estime que mon appareil reproducteur, qui m’inflige tant de douleur, est incapable de procréer. Je me surprends aussi parfois à juger que mon corps est inapte à accueillir et à donner la vie, et puis, peut-être qu’il souffre déjà assez….

Dans quelques semaines je vais me faire opérer pour « réparer tout ça », enlever des lésions causées par l’endométriose et tenter d’au moins diminuer les douleurs. Peut-être, qu’ensuite, les incertitudes se feront plus discrètes.

Article relu par @bebatut et @camilledrnd. Photo de Alex Green provenant de Pexels

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