Ma grossesse en Suisse germanophone

Contrairement à @mamaorhum et @bebatut, ma première grossesse est ancienne au moment où j’écris ces mots. J’ai accouché en août 2018 et certain moments me semblent maintenant flous.

Quelque mois après notre déménagement en Suisse allemande, nous décidons avec mon compagnon d’avoir un enfant. Je suis très stressée à l’idée d’avoir du mal à tomber enceinte. En effet à 29 ans, je n’ai jamais eu d’échec de contraception. Cela devrait être positif mais d’un seul coup cela m’inquiète. Des amis.es autour de nous ayant du mal à  concevoir nous décidons de nous y prendre à l’avance…

Comme parfois dans ce genre d’histoire je tombe donc immédiatement enceinte à ma grande surprise….

Un premier trimestre en plein hiver

Le premier contrôle peut se faire assez tard. Mais étant juste avant Noël, la gynécologue veut vérifier que tout va bien. En effet, en Suisse, pas de test de datation, on part sur la date des dernières règles et basta.

Lors de ce premier rendez-vous, je rencontre la gynécologue. Elle me pèse et j’ai même le droit à une échographie où on voit juste un petit œuf bien placé.

Nous découvrons un suivi que je qualifierais de « à la cool » …. À la fin de la visite, la gynécologue nous demande si nous avons de questions. J’ai alors deux belles-sœurs totalisant quatre enfants. J’aborde naturellement la questions des restrictions. La médecin me jette un regard interloqué. Elle se dit sûrement qu’elle m’a mal jugée et me demande si je prends des drogues et me demande de ne pas fumer, ni de boire. Nous insistons et je fais remarquer que nous sommes français avec une certaine habitude pour le fromage. Pas de restrictions annoncées non plus pour sa part, tant que le fromage vient de la grande distribution. Je ne serais jamais testée pour la toxoplasmose. Je lui indique que je mange très très peu de viande ce qui ne l’inquiète pas non plus. Elle me demande de commencer une cure d’acide folique pendant le premier trimestre. J’avais voulu me faire suivre par une sage-femme lors de cette grossesse. Cependant, nous apprécions énormément le contact de la gynécologue et décidons alors de continuer le suivi avec celle-ci.

Lors de ce premier rendez vous, la médecin indique que je peux continuer mes activités habituelles si je le veux (escalade, yoga et vélo). Elle insiste particulièrement sur le fait que, si fausse couche il y a, cela sera dû a un problème non lié au sport ou autre activité et de ne pas m’inquiéter au vu de ma pratique avant la grossesse.

Nous partons alors en vacances pour Noël. Nous décidons de l’annoncer immédiatement à nos familles proches, parents, frères et sœurs. 

Ce premier trimestre, je suis submergée par une fatigue intense. J’arrête toute activité car je n’ai plus la force de faire quoi que ce soit.

J’ai un mode de vie et un travail faciles : 40h par semaine devant un bureau, sans activité physique, à 10 mn à pied ou vélo de mon domicile. Pourtant je me retrouve à dormir assise sur les toilettes entre midi et deux. Et je rentre épuisée chez moi et me couche à 20h. Je suis aussi affamée et enfle assez vite. Enfin, l’hiver bâlois me déprime beaucoup : peu de soleil, pas d’énergie pour aller en extérieur ou à la montagne. De plus, nouveaux arrivants à Bâle, nous sommes assez isolés.

Un deuxième trimestre à la vitesse de l’éclair

Le deuxième trimestre coïncide exactement avec un regain d’énergie.

Heureuse, nous décidons avec mon compagnon d’aller faire une ballade à la campagne de quelques kilomètres. Je payerai cher cette promenade. Après 2 mois d’inactivité, mon dos n’est plus aussi musclé et mes ligaments sont relâchés. Je suis arrêtée pour de grosses douleurs dorsales pendant 3 jours. Le fœtus va bien mais moi moins. J’ai la chance d’avoir ma professeur de yoga habituelle qui passe chez moi lors de mon arrêt et me donne une série d’exercices.

Ma courbe de poids continue d’exploser, la gynécologue me demande de ne surtout pas me mettre au régime, mais de faire attention. Enfin, mes niveaux de fer descendent à un niveau extrêmement bas et je serais obligée de me complémenter lors de la fin de grossesse, sans jamais arriver à retourner à un taux normal.

Ce second trimestre passe extrêmement vite. D’un coté, je suis très prise intellectuellement dans mon nouveau travail où j’essaye de continuer de faire mes preuves, même enceinte. De l’autre, je me renseigne intensément sur la législation suisse. En effet, je suis la première grossesse de mon manager en Suisse (je travaille pour la filiale suisse d’une compagnie française) et les lois sont assez différentes. N’ayant pas de RH dédié, je veux pouvoir faire valoir la totalité de mes droits.

La Suisse est un pays structuré en cantons, qui ont un pouvoir très fort. En particulier, les règles relatives aux droits du travail ou aux congés peuvent varier selon les cantons. Or vivant dans un canton germanophone, comprendre mes droits et les papiers nécessaires est assez compliqué. En Suisse, le congé maternité ne commence qu’après la naissance de l’enfant. Auparavant, il s’agit d’un congé pathologique (arrêt maladie) donné par le médecin.

Un troisième trimestre en longueur

Ce troisième trimestre je suis rattrapée par une fatigue immense. J’ai du mal à tenir le rythme au travail et je pleure beaucoup. Je n’ai que peu de contacts sociaux, y compris au travail, je suis très stressée et je continue de prendre du poids rapidement (j’arrêterais de compter à + 20kg  et je ne sais donc pas ma prise de poids exact lors de cette grossesse). Cependant ma gynécologue ne m’a jamais fait de remarques négative sur mon poids : je ne fais pas de diabète, ne souffre pas d’hypertension. Elle ne s’inquiétera jamais pour cela, ni ne me fera culpabiliser (contrairement à une partie de mon entourage et de mes collègues).

Beaucoup d’angoisses me traversent, tant sur l’état du bébé que sur le déroulement possible de mon accouchement. Je pense aux dénonciations de violences gynécologiques en France. De plus je sens mon conjoint peu acteur dans la préparation à l’accouchement.

Poussée par mon conjoint, je demande à ma gynécologue de réduire mon rythme de travail. Nous sommes alors fin juin, ma fille est prévue pour le 15 août, et ma remplaçante vient d’arriver au travail et semble extrêmement compétente. Ma médecin propose de m’arrêter totalement (peut-être poussée par mes larmes d’épuisement à ce moment là). Je commence donc ce que je pense  alors n’être qu’un mois de congé/arrêt pré-natal.

Mon épuisement est réel. Je passe les deux premières semaines à dormir.  Ensuite, je profite d’un rythme très calme mais qui me convient. Une fois ma dette de sommeil rattrapée, je dors en moyenne 4 h de plus qu’auparavant.

Mon niveau de stress redescend, je peux commencer à me projeter dans ma grossesse et l’arrivée du bébé. J’en profite pour marcher beaucoup afin de préparer mon corps à la naissance et nager un petit peu dans le Rhin. Je remarque cependant que tout gros effort (comme une certaine ballade à vélo de 25 km à 8 mois de grossesse), bien que semblant acceptable sur le moment, me rend très mal quelques jours après.

C’est l’été, nous avons des visites et la vie est très active à Bâle. Concerts, cinéma en plein air, je profite de ce moment de pause privilégié avant l’arrivée de ma fille.

Début Août, je commence à trouver le temps long. Tout le monde autour de moi m’ayant prévu un bébé naissant en avance (Pourquoi? Je ne sais pas), j’y croyais…. Mais S. n’arrive pas. Je n’ai pas de contractions, rien ne bouge.

Dans la semaine précédent le terme, nous faisons un monitoring des contractions et du cœur du bébé. Elle va très bien, mais j’ai une semi contraction en plus d’une heure, une contraction que je ne sens pas….

Après le terme, je suis alors à l’hôpital, pour un suivi plus ou moins tous les 3 jours. Toujours rien. Nous commençons alors sérieusement à nous impatienter et à tenter diverse techniques

  • La technique italienne
  • Monter et descendre des marches et des marches (vive les ponts du Rhin et les podcasts)
  • Faire des squats
  • Rouler en voiture et marcher
  • Manger de l’ananas et du persil
  • Boire de la tisane de feuille de framboisier.

Beaucoup des remèdes de grand-mère y passent. Mais rien…

Petit à petit, les femmes avec qui nous avons fait les cours de naissances accouchent, et nous toujours rien.

Au bout d’une semaine, lors d’un examen a l’hôpital, l’interne me propose a-priori de voir si il peut me décoller les membranes. Je suis prête à beaucoup pour éviter un déclenchement. J’accepte. Cependant il m’annonce que le col est tellement peu mature, qu’il risque de me faire beaucoup trop mal pour peu d’effet et n’effectue donc pas ce geste.

Nous arrivons alors à plus de 41 semaines. Il est temps de se préparer au déclenchement, déclenchement que je souhaitais éviter à tout prix. Ma fille naitra alors à 41+3 SA déclenchée à l’hôpital universitaire.

Mes petites notes

J’ai beaucoup apprécié le suivi régulier chez la gynécologue sans culpabilisation aucune. J’ai, pendant mon suivi de grossesse, toujours été écoutée et tout les examens m’ont été expliqués et j‘ai pu donner mon consentement. La gynécologue n’aura effectué qu’un seul toucher vaginal à ma demande avant un long trajet en voiture.

Elle m’a aussi incité à garder les activités qui me faisaient du bien. J’ai continué le vélo. Je suis même allé accoucher en vélo. Je pense que cela a beaucoup aidé mon état global malgré ma prise de poids et mon état psychologique.

J’ai pu pratiquer le yoga tout au long de ma grossesse. Ma professeure est formée au yoga prénatal. Elle a considéré que, au vu de ma pratique, il y a peu de risque à continuer tant que j’écoute mon corps. C’est un yoga doux, basé sur des étirements qui m’aide énormément à me sentir en forme. Elle m’a indiqué à une ou deux reprises des variantes, mais dans l’ensemble j’ai continué à tout faire. J’ai aussi suivi des cours de yogas prénatal lors du second semestre. Ceux-ci ont été peut être même un peu trop doux pour moi initialement, et ce quasiment jusque la fin du troisième trimestre. Cependant, les sessions démarraient avec 45 minutes de discussions sur la grossesse, la naissance, le post-partum. Cela permettait donc d’échanger et d’apprendre d’autres femmes, parfois déjà mères.

De plus, nous étions toutes des femmes issues d’autres pays (les cours sont en anglais). Nous discutions des différences de cultures (comme par exemple pour la circoncision des bébés ou encore les femmes désirant programmer des césariennes) et de réfléchir à des points importants. La question des visites de la famille, par exemple, était primordiale, car nos proches n’habitent pas sur place (Quand ? Comment ? Combien de temps?). Ce cours m’avait fait beaucoup de bien, car il m’avait énormément préparé au post-partum.

Article relu par @bebatut et @mamaorhum 

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