Oignons comme remède pour le rhume : qu’en dit la science ?

Ma fille, comme tout enfant qui va à la crèche, est souvent enrhumée et tousse pendant l’automne et l’hiver. Son sommeil en est impacté, le nôtre aussi. On essaye donc de trouver des solutions pour la soulager les nuits (humidificateur, lavage de nez, etc).

Je vois sur les réseaux sociaux, des personnes qui disent mettre un oignon coupé dans la chambre de l’enfant. Je trouve ça farfelu et mon conjoint est aussi sceptique. Mais après le 3e rhume en 2 mois, je me dis « Pourquoi pas essayer ». Je coupe un oignon et le mets dans un bol sous son lit. L’odeur est forte et se diffuse au-delà de sa chambre. Cette nuit-là, elle tousse moins. J’ai aussi l’impression que je respire mieux. Effet placebo ?

Je fais une recherche rapide sur Internet. Je trouve un article qui dit que l’effet de l’oignon n’est pas reconnu. Je me dis :

Ok. Effet placebo.

L’été arrive. Fini les rhumes. J’oublie les oignons sous le lit. Mais l’automne pointe son nez, accompagné de nouveaux rhumes. Cette fois, mon conjoint, alors même qu’il était réfractaire au début, prend l’initiative de l’oignon sous lit au 3e rhume. Ça, combiné avec l’humidificateur, le lavage de nez et autres petits trucs, à l’air d’aider notre fille à respirer et limite sa toux (tests sur plusieurs nuits et plusieurs rhumes). Les questions reviennent :

Et si ça marchait vraiment ? Il n’y a vraiment pas d’études scientifiques là-dessus ?

Mon enquête

Intriguée, j’ouvre Google scholar, un moteur de recherche pour la littérature scientifique, et je tape « onion cold« . Les premiers résultats ont l’air d’être hors sujet (sur le stockage des oignons).

Après avoir ajusté un peu ma requête, je tombe sur des articles qui ont l’air de traiter de ce sujet. J’ouvre un article de Tan et collègues de 2020 « Suggestion of an alternative approach of inhalation of volatile chemicals from onion and garlic for isolated patient of mild onset infected Flu: Review and communication« . Mais je suis sceptique, cet article est un preprint, une prépublication : une version d’un article scientifique qui n’a pas été évalué par un comité de lecture de scientifiques externes, le processus classique en sciences. Ce système de relecture des articles scientifiques permet généralement de garantir une certaine qualité du contenu en termes scientifiques. Un preprint n’a donc pas ce « tampon » de gage d’une certaine qualité, mais cela ne veut pas dire que la qualité de l’article est mauvaise, il faut juste être plus prudent à la lecture.

Sur Google Scholar, je vois que cet article a déjà été cité dans un autre article publié tout récemment : « Effects of Allium cepa and Its Constituents on Respiratory and Allergic Disorders: A Comprehensive Review of Experimental and Clinical Evidence » (Beigoli et collègues). Cet article, publié dans une revue (donc relu), a l’air assez complet : c’est un article sur l’état des connaissances scientifiques de l’effet des oignons comme remède pour des maladies respiratoires. Il a l’air assez complet et intéressant. Je commence à le lire. 

Mais je reste intriguée. Je sais que toutes les revues scientifiques ne se valent pas en termes de qualité et que les relectures par des pairs ne sont pas sans failles. Je regarde alors les informations autour de l’article. Il est publié dans une édition spéciale Pharmacological Activities of Natural Products in Respiratory Disorders de la revue Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. Le nom m’intrigue. Il existe beaucoup de revues dites prédatrices où des éditeurs peu scrupuleux exploitent à leur profit le modèle auteur-payeur des revues open access (libre d’accès à tous). L’évaluation des articles dans ce genre de revues laisse à désirer, voire est inexistante. Ces revues nuisent à la réputation des chercheurs et de la communauté scientifique.

Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine est quant à elle une revue médicale couvrant les médecines alternatives publiée par la société Hindawi Publishing Corporation, basée au Royaume-Uni. Après une recherche sur DOAJ (une base de données de journaux open access), la revue semble légitime, même s’il semble qu’un des éditeurs fondateurs la décrive comme « useless rubbish » à cause d’une système d’évaluation inefficace. Il faut donc se méfier de la qualité du contenu.

Je retourne sur Google Scholar pour continuer mes recherches. Les quelques articles que je vois sont publiés dans des revues d’homéopathie et d’autres ont l’air d’être orientés vers l’Ayurveda. L’Ayurveda est souvent considérée comme une pseudo-médecine par la communauté scientifique. Je ne sais pas trop si la fiabilité scientifique des différents articles et de leur contenu est là.

Quelles sont les connaissances sur les oignons et les maladies respiratoires ?

Tout en gardant un esprit critique sur le contenu, je me plonge alors dans l’article sur l’état des connaissances écrit par Beigoli et collègues en 2021.

Les infections des voies respiratoires supérieures, incluant rhinopharyngite, pharyngite, amygdalite et otite moyenne, constituent 87,5% des épisodes d’infections respiratoires, dont la grande majorité des infections aiguës sont causées par des virus. C’est la cas du rhume, qui ne nécessite donc pas de traitement antimicrobien, à moins qu’il ne se complique en une otite moyenne aiguë, une amygdalite, une sinusite ou une infection des voies respiratoires inférieures.

Deux types de traitements sont utilisés pour le traitement des maladies respiratoires inflammatoires et obstructives :

  • les médicaments de soulagement qui réduisent l’obstruction des voies respiratoires
  • les médicaments préventifs qui évitent l’inflammation pulmonaire.

Ces médicaments peuvent provoquer des effets indésirables (par exemple une somnolence) et ne pas avoir une efficacité thérapeutique élevée. Ainsi, les auteurs de l’article suggèrent que de nouveaux médicaments devraient être développés pour le traitement de ces maladies, en particulier basés sur les plantes. Dont l’oignon ?

Allium cepa (A. cepa) ou oignon contient des vitamines et des minéraux, des acides aminés soufrés et une variété de métabolites secondaires tels que des flavonoïdes (en particulier des flavonols et des anthocyanes), des phytostérols et des saponines. En outre, c’est une riche source d’acides phénoliques, de composés soufrés (allicine) et de divers types de phytomolécules biologiques telles que les acides phénoliques, les thiosulfinates, les anthocyanes, le kaempférol et les glycosides.

L’oignon est considéré en Ayurveda comme un remède phytothérapie efficace (sous diverses formes) pour plusieurs symptômes tels que fièvre, hydropisie, catarrhe et bronchite chronique. Il est aussi utilisé dans la pharmacopée chinoise pour le traitement de la fièvre, des maux de tête, du choléra, de la dysenterie, du rhume, de l’arthrose et en Égypte pour sa capacité de guérison. L’effet de l’oignon dans les maladies respiratoires serait aussi répertorié dans des livres de médecines traditionnels iraniens anciens.

Au-delà des médecines traditionnelles, y a-t-il aussi des études scientifiques sur l’effet de l’oignon ? Les auteurs de l’article ont réalisé une revue de la littérature scientifique entre 1984 et 2020 en recherchant certains mots clés dans les bases de données PubMed, Scopus et Web of Science.

Divers effets pharmacologiques sont décrits au sein de l’article tels que des propriétés antidiabétiques, antihyperglycémiques, antiparasitaires, antifongiques, antimicrobiens, antiplaquettaires, anti-inflammatoires, antioxydants et antispasmodiques ont été rapportés pour des extraits d’oignons ou ses différents constituants. Y sont également rapportés des effets préventifs d’extraits d’oignons sur les maladies vasculaires et cardiaques, les troubles neurodégénératifs et antidépresseurs, et la formation de cataracte ainsi que l’amélioration des effets sur la fonction rénale. L’oignon aurait enfin des effets carminatifs et expectorants et pourrait améliorer la dysménorrhée, les vertiges, les évanouissements, la migraine, les plaies, les cicatrices, les chéloïdes, la douleur et l’enflure après une piqûre d’abeille, les ecchymoses, les maux d’oreille, la jaunisse et les boutons. Une activité antitumorale aurait été aussi rapportée : l’oignon pourrait diminuer le risque de cancer de l’estomac et inhiber la prolifération de certaines cellules leucémiques.

Et les maladies respiratoires dans tout ça ? D’après des études sur des rats et des souris, l’oignon et ses dérivés aurait un effet relaxant sur le muscle lisse trachéal (TSM), un effet modulateur sur le système immunitaire, la réactivité trachéale et l’inflammation pulmonaire ainsi que des effets antiasthmatiques.  

L’article ne s’attarde pas trop sur le rhume. Les auteurs ont plutôt regardé plus en détail la littérature scientifique et les diverses études (chez l’animal ou sur des lignées cellulaires) de l’effet des oignons et ses constituants sur 4 maladies respiratoires : les troubles pulmonaires obstructifs, l’asthme, le cancer des poumons, les infections pulmonaires.

Pour tous les effets décrits, le niveau de preuves scientifiques reste cependant faible ou à approfondir.

En effet, il s’agit souvent d’extrapolations de l’effet connu d’un composé chimique de l’oignon. Il est ainsi dur de savoir si ce même composé serait efficace sous une forme moins pure ou mélangé avec d’autres composés qui pourraient influer son action.

De plus, beaucoup de résultats rapportés (par exemple pour les activités anti-cancereuses) sont issus d’étude dites in-vitro, c’est-à-dire utilisant des cultures cellulaires. Bien qu’utile pour identifier des composés d’intérêt, ce genre d’expérience reste très exploratoire et ne permet pas de comprendre les réactions au sein d’un organisme humain. Par exemple, une tumeur n’est pas composée d’un seul type de cellules, mais bien d’un micro-environnement, un ensemble de cellules, y compris immunitaires qui intéragissent.

De plus, les quelques études chez l’humain mentionnées ont été faites en comparant des patients avec un régime fort en Quercetine (molécule présente en grande quantité dans les oignons) avec des patients ne suivant pas ce type de régime. Les groupes de patients sont ainsi déterminés a posteriori, en se basant sur un questionnaire d’habitudes alimentaires. Ce genre d’assignation a posteriori des patients au sein des différents groupes d’études limite fortement l’interpretation des résultats. En effet, ce ne sont donc pas des études en double aveugle, qui nous permettraient de réfuter un possible effet placebo ou un effet d’un mode de vie différent dans son ensemble (par exemple avec un régime alimentaire équilibré).

Conclusion

D’après les résultats de recherche des auteurs de la revue, l’oignon et ses composés chimiques pourraient avoir des effets intéressants pour soulager de nombreuses pathologies, en particulier les maladies respiratoires.

Cependant, les auteurs de l’article regroupent un ensemble d’hypothèses assez faiblement soutenues par la littérature scientifique, retrouvant ainsi la critique de l’éditeur mentionnée précédemment. Les études citées restent très expérimentales et ne permettent pas de comprendre l’intérêt de l’oignon en soi (ou de ses molécules) et de conclure et en particulier en terme de dose. Malgré cela, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommanderait l’utilisation de l’extrait d’oignons pour le traitement de maladies telles que le rhume, la toux, l’asthme, la bronchite et les maladies allergiques.

Et pour nous ? On continue de mettre des oignons dans nos chambres quand on est malade. Nos observations sont peut-être biaisées, mais comme m’a très justement dit une amie :

Après si t’as l’impression que ça marche, c’est l’important 🙂

Références

Article relu et corrigé par @ponoodle, @marieastridbatut, @mamaorhum. Photo de Wilhelm Gunkel disponible sur Unsplash

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