Lettre à toi, ma fille, pour ton premier anniversaire (anonyme)

Une maman a décidé de partager, anonymement, avec nous, avec vous, une lettre qu’elle a écrite pour sa fille, lors de son premier anniversaire. Cette première année de la vie de A., elles l’ont toutes deux vécues en partie en confinement et surtout en pleine pandémie de Covid-19.

Elle confie à son enfant ses bonheurs, ses douleurs, ses joies, ses doutes, son amour, ses difficultés, le tout, sans tabou. Elle souhaite en effet parler à cœur ouvert de cette année bouleversante, ce  » tourbillon ». Cette lettre peut sembler moins glamour que le cliché de la « super maman heureuse », relayé à tout va, mais elle bien plus honnête, émouvante et importante.

Pour les détracteurs anonymes je vous l’assure : NON, cette lettre, ce témoignage, ces vérités, cette honnêteté, ne pousseront pas des femmes à renoncer à la maternité, en revanche ils leur permettront de se préparer un peu mieux à devenir mère. Car OUI, toutes les vérités sont bonnes à dire et il est temps d’en finir avec le mythe de la maternité parfaite, sans accrocs, ainsi qu’avec le lot d’injonctions qui l’accompagne et qui pèse sur les mères .

« A.,

Nous venons de fêter ton premier anniversaire tous les trois, confinement oblige. Je t’ai cuisiné un (beau et bon) gâteau. Tes grands-parents, tes oncles et tantes ont appelé. Nos amis ont envoyé des messages pour te souhaiter ton anniversaire. Tu as été bien gâtée ! 

Que d’émotions et de souvenirs qui reviennent ces derniers jours. 

Tu es née un matin de février 2020 après une grossesse pas évidente pour moi, mais un accouchement comme je l’avais rêvé : rapide, naturel. Je t’ai d’ailleurs écrit une autre lettre pour te raconter cet accouchement. 

Je ne sais plus trop ce que j’ai ressenti quand on t’a posé sur moi. Mais je ne crois pas avoir senti une vague d’amour, comme on peut l’entendre parfois. J’ai plutôt ressenti un énorme soulagement. Soulagement que l’accouchement soit fini, que ce soit bien passé, qu’on soit en bonne santé toutes les deux. Comme pendant toute la grossesse, j’avais peur que quelque chose ne dérape (et j’ai aussi peur pour mes proches). L’amour est plutôt venu doucement dans les heures suivantes.  

La première nuit, j’ai eu beaucoup de mal à dormir : je ne pouvais pas détacher mes yeux de toi. Tu étais si petite, si fragile. Je t’avais senti pendant des mois en moi, mais le fait de te voir à côté de moi rendait tout cela encore plus réel. J’avais du mal à réaliser.

Déjà une année s’est déroulée depuis ce moment-là. Tout est passé si vite, mais aussi si lentement. Tellement de choses se sont passées. Dont toutes tes premières fois. Première respiration, premiers pleurs, premier sourire, premier rire, premières dents, premiers pas et tellement d’autres. Je sais que ce n’est que le début.

Déjà, demain : première fois à la crèche ! J’ai tellement hâte que tu puisses enfin y aller. Je suis sûre que tu vas t’y plaire. Toi qui es tellement curieuse, je ne sais plus comment combler cette soif de découvertes que tu as, mais la crèche devrait t’apporter cela. Toi qui cherche les contacts avec d’autres, cependant limités avec la pandémie actuelle, le crèche devrait combler cela. 

J’espère que le début de la crèche va aussi m’aider, moi, m’apaiser, me redonner de la force et me permettre de digérer cette année. En y repensant, je ne sais pas trop comment j’imaginais le fait de devenir mère et de prendre ce congé maternité d’un an. Mais c’était tellement loin de la réalité. Une réalité, difficilement imaginable avant de la vivre. Je n’étais vraiment pas prête à la révolution intérieure que j’ai vécu depuis ta naissance.

Tout d’abord, avec ta naissance, j’ai découvert une nouvelle sorte d’amour. : L’Amour Maternel. L’amour qui nous pousse à tout donner, tout faire pour son enfant au point de s’oublier. Celui, aussi, qui nous fait aussi découvrir la peur viscérale, mais aussi des ressources et des forces de résistance (à la fatigue, à la douleur, etc) qu’on ne soupçonnait pas. 

L’amour aussi d’un enfant pour sa mère. Ces moments magiques quand tu me regardes avec ces grands yeux pleins d’amour, où tu cherches mon regard quand tu es fière de toi. Mais aussi des moments plus particuliers comme quand tu me fixais et ignorais complètement ton père, voire des moments épuisants quand tu décharges des émotions, que tu es collée à moi ou que je suis la seule qui arrive à te calmer. J’ai eu énormément de mal à réaliser et accepter d’être le centre de ton monde pendant quelques mois. C’était vertigineux, un énorme poids sur mes épaules.

L’amour est venu aussi avec l’ambivalence. L’ambivalence de t’aimer tellement fort mais aussi de regretter ma vie d’avant avec des nuits complètes d’un sommeil profond, ma vie d’avant où je pouvais égoïstement faire ce que je voulais quand je voulais, où je pouvais penser à moi avant tout, où je n’avais pas de sources d’inquiétude tellement fortes au point d’avoir l’impression que mon cœur allait exploser, où je pouvais me concentrer plus de 2 minutes sur quelque chose, où je ne me sentais pas enfermée, où je n’étais pas tout le temps frustrée et en colère en particulier contre Papa, etc.

Moi qui suis d’une nature plutôt active : j’aime faire beaucoup de choses, découvrir, apprendre mais aussi sortir, me promener, travailler. Ces derniers mois, j’avais l’impression de ne plus rien pouvoir faire. Je n’avais plus de temps pour moi. Tout mon temps et mon énergie t’étaient consacrés. La pandémie, sans famille à côté, n’a pas aidé : pas de relais. Les seuls moments que j’avais, j’étais fatiguée. Malgré la fatigue, j’avais besoin de faire quelque chose quand même, sinon j’avais l’impression de devenir folle. Mais j’étais frustrée de ne pas avoir de choix et pas le temps.

Frustrée et en colère, aussi contre Papa et le système, le patriarcat, qui fait reposer la parentalité principalement sur les mères. Mon entrée dans la maternité a ainsi été un énorme révélateur des inégalités et des différences de charges mentales/émotionnelles, en particulier au sein de notre couple.

Pendant des mois, j’ai eu l’impression de tout faire (allaitement, garde, etc), mais aussi de devoir réfléchir et me renseigner sur tout ce qui te concernait. Papa était plus en retrait et attendait. C’était une grosse source de frustration pour moi et de problèmes de communication avec Papa. Le fait que Papa s’occupe de toi, tout seul, un jour par semaine a aidé, mais ce n’était encore pas assez pour moi. On a eu de nombreuses disputes, et la situation s’améliore. On commence doucement à trouver un équilibre tous ensemble.

Je suis par nature exigeante et critique vis-à-vis de moi et de ce que je fais. La maternité n’est pas une exception. J’ai senti le tourbillon des injonctions, en particulier via les réseaux sociaux et certaines de mes lectures. J’ai toujours l’impression de ne pas faire les choses correctement. Même si je ne voulais pas, je ne pouvais pas m’empêcher de comparer aux autres. Si tu ne dors pas toute la nuit, si tu ne manges pas assez, si tu cries fort, si tu me mords, si tu dis « Putain », etc, c’est qu’il y a quelque chose qu’on a, que je n’ai fais pas correctement, que j’ai loupé. J’avais (et j’ai toujours) l’impression d’être une mauvaise mère.

Tout ça m’a conduit dans une sorte de tourbillon sans fin dans lequel je m’enfonçais de plus en plus au fur des mois. J’avais l’impression d’être dans la nuit sur un chemin escarpé et semé d’embûches, avec d’un côté une montagne insurmontable et de l’autre un gouffre qui m’attirait. Tout devenait difficile, même juste lacer mes chaussures, tout obstacle semblait insurmontable. Je me levais le matin angoissée par la journée à venir, me demandant comment j’allais tenir et pouvoir m’occuper de toi.

J’ai découvert un côté noir en moi, avec des phobies d’impulsion (comme beaucoup de mères, j’ai appris ensuite) et des pensées destructrices, que la grossesse avait commencé à faire remonter. De cette difficulté maternelle, cette sorte de dépression (post-partum), je n’en suis toujours pas sortie. Il me reste beaucoup de choses sur lesquelles je dois travailler. Mais je commence à voir une lueur dans cette obscurité et le chemin est de moins en moins accidenté.

Et j’aurais sûrement oublié tout ça rapidement. Pour m’aider, j’ai ressenti le besoin de t’écrire cette lettre. Pour que je puisse m’en souvenir et réaliser tout le chemin que j’ai parcouru. Mais aussi pour toi. Pour que tu saches ce que j’ai pu ressentir. Pour que je puisse t’en parler. Pour te préparer à tout cela, si un jour tu veux des enfants.

Je ne voudrais surtout pas que tu penses que tout ce que j’ai ressenti est de ta faute ! Tu n’y es pour rien !

Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Je n’étais juste pas préparée à tout cela et à tout ce que cela ferait remonter en moi. T’écrire cette lettre m’a aidé à prendre du recul sur cette année et à réaliser à quel point cette année m’a appris.

  • Cette année à tes côtés m’a plus appris que les 5 dernières années. Appris sur moi-même mais aussi sur les autres. Des connaissances peu « valorisables », mais qui m’ouvrent de nouvelles perspectives, en particulier sur mes relations à mes proches et aux autres.
  • Cette année à tes côtés m’a fait réaliser la force des mères et des femmes en général. Cela me donne envie d’en faire plus pour elles et de plus de sororité dans mon entourage.
  • Cette année à tes côtés m’a appris que je dois prendre soin de moi pour pouvoir prendre soin de toi.
  • Cette année à tes côtés me donne envie de partager mes expériences, pour me sentir moins seule. Et pour que collectivement, d’autres se reconnaissent, se sentent soutenu·es et puissent se livrer aussi. Pour qu’on arrête de cacher les difficultés à devenir parent.
  • Cette année à tes côtés m’a fait découvrir une patience que je ne pensais pas avoir.
  • Cette année à tes côtés m’a fait réaliser qu’il y a beaucoup de choses que je dois régler avec moi-même et que j’ai besoin d’aide. 
  • Cette année à tes côtés m’a fait réaliser que le féminisme est encore tellement nécessaire et qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire. 
  • Cette année à tes côtés m’a donné envie d’apprendre encore plus. D’apprendre sur l’apprentissage, sur l’éducation, sur les allergies, mais aussi sur le féminisme et son histoire, sur les mères, etc.
  • Cette année à tes côtés m’a tellement ouvert les yeux, m’a fait lâcher prise et m’a donné envie de danser et chanter à tue-tête avec toi, de partager ton innocence et tellement d’autres choses.

T’écrire cette lettre m’a aussi aidé à graver dans ma mémoire tous ces petits moments qui font battre mon cœur.

  • Lorsque que tu me regardes avec tes grands yeux et ce regard, pétillant, tellement profond, plein d’amour, d’innocence et d’envie de découvrir le monde.
  • Lorsque tu te concentres sur un nouveau défi avec enthousiasme.Lorsque tu répètes en boucle la même action pour être sûre que tu as bien compris.
  • Lorsque tu es fière de toi car tu as réussi ce que tu voulais faire.
  • Lorsque tu fais de nouvelles choses comme si c’était normal.
  • Lorsque tu découvres un nouveau goût, une nouvelle texture.
  • Lorsque tu fais le clown .
  • Lorsque tu dis ton prénom, si facile à prononcer, pour désigner tout.
  • Lorsqu’au milieu de la nuit Papa t’amène pour la tétée, encore pleine de sommeil, que tu trouves le sein sans même ouvrir les yeux.
  • Lorsque pendant la tétée, tu cherches le contact avec ma peau.
  • Lorsqu’au moment du coucher, tu tends les bras vers Papa pour qu’il te prenne : le signe que je dois sortir que tu veux aller dormir.
  • Lorsque tu ris.
  • Lorsque tu viens me faire des câlins et me serre fort.

Il y aurait tellement d’autres moments à décrire ici, mais je les garde pour moi, pour mes souvenirs.

A. j’espère que tu vas garder ta joie de vivre et ta vivacité. Ton sourire et ton air coquin, plein de malice, nous font craquer, même lorsque nous n’avons plus la force.

A., je suis tellement fière d’être ta maman.

A., de tout mon être, je t’aime parce que tu es comme tu es! »

PS : Si vous souhaitez partager avec nous une expérience, un témoignage, n’hésitez surtout pas à nous écrire via le formulaire suivant ou à nous contacter par message privé sur Instagram ou Facebook. Nous serions ravi.e.s de l’écouter, de l’entendre et de le partager à notre tour.

Article relu par @bebatut @mamaorhum et @ponoodle. Photo par John-Mark Smith provenant de Pexels

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